Les fidèles employés des Églises se réveillent

Source : http://www.syfia-grands-lacs.info

17-04-2008
Rwanda

Thaddée Hyawe-Hinyi, Alphonse Safari Byuma

(Syfia Grands Lacs/Rwanda) Au Rwanda, les employés des Eglises du Réveil doivent verser chaque mois un dixième de leur salaire à celles-ci. Plus par peur de perdre leur travail que par réelle conviction religieuse. Le luxe affiché par certains pasteurs commence à choquer plus d'un fidèle.

"Merci, chers frères et sœurs en Christ, de m'avoir acheté une voiture. Je suis sûr que vous m'en achèterez une seconde à travers vos offrandes et vos dîmes, cela au compte du travail de Dieu." À la sortie du culte de l'Église évangélique des amis au Rwanda, des fidèles commentent entre eux, amers, les propos de leur pasteur.
Dans le pays, certains sont ainsi persuadés que bon nombre de prédicateurs, surtout les pasteurs protestants des Eglises du Réveil, s'enrichissent sur leur dos. "Plus les fidèles sont nombreux, plus les salaires des pasteurs montent en flèche", confirme l'un d'entre eux qui assure qu'un pasteur gagne en moyenne entre 70 000 et 200 000 Frw (130 et 370 $). Sans compter les avantages en nature : véhicule, téléphone et logement gratuits...
Les Églises du Réveil, qui gèrent des écoles, des centres de santé, obligeraient ainsi les employés de ces établissements à leur reverser le dixième de leur salaire mensuel, pour les aider à faire fonctionner leurs institutions. "Nous savons que l'Église paye des véhicules et le logement pour ses pasteurs", s'indigne une adepte, agacée de verser la dîme, alors que son Église ne rend quasiment jamais de comptes sur le montant et l'utilisation des sommes collectées.

Contestataires discrets
L'introduction de l'informatique a facilité le prélèvement à la source. "Une partie de mon salaire est retenue chaque mois par le service du personnel, avant que le reste soit transféré sur mon compte bancaire", affirme un employé de l'Église de Restauration. De son côté, l'Église presbytérienne du Rwanda dispose de fiches individuelles sur les dîmes à percevoir. "Chaque mois, le service habilité doit les prélever sur les salaires de ses agents", livre un employé, persuadé que toute contestation sur ce point va à l'encontre de la Bible. "La dîme contribue au développement de l'Église et à la rémunération des pasteurs", souligne-t-il. "Un bon chrétien doit réclamer qu'on retienne sa dîme", soutient un journaliste, ancien enseignant dans une école adventiste du 7e jour.
Les prélèvements commencent toutefois à faire grincer des dents certains adeptes qui réclament le droit de percevoir l'intégralité de leur salaire. "Il faudrait une consultation préalable entre employé et employeur sur le retrait ou pas de la dîme par le service du personnel. Le Code du travail s'y oppose", note un enseignant d'une école de l'Église évangélique des amis au Rwanda. Pour l'heure, les contestataires restent discrets... "Je ne peux pas protester avant d'être embauché ailleurs, les risques de perdre mon emploi sont immenses", confie cet employé de la paroisse de l'Église épiscopale du Rwanda.

"Un vol"
D'autres sont plus virulents. "Je ne vois pas pourquoi l'Église retient mon argent sans mon consentement. C'est un vol, car cette décision n'émane pas de ma volonté. Je jure que cette dîme n'a pas la bénédiction de Dieu", s'indigne une employée de l'Église de Restauration, au nord du pays. En plus de sa dîme mensuelle, cette fidèle dit verser un autre dixième de son salaire pour participer aux frais de construction de l'Église et donner ses offrandes chaque dimanche pour être bien vue par ses supérieurs religieux...
Le pasteur Jonas Matabaro, de la même Église, a une toute autre vision des choses. Selon lui, les employés seraient libres de verser ou pas la dîme. "Pendant le culte, deux paniers sont placés devant les adeptes. Un pour la dîme et un pour les offrandes. Nous ne demandons pas que l'enveloppe qui renferme la dîme porte le nom du propriétaire", précise-t-il.
Pour être sûrs de l'obéissance sans faille de leurs agents, les pasteurs embauchent des fidèles sans faire une priorité de leurs compétences. Un médecin se plaint par exemple de la façon dont il a été interrogé lors d'un test d'embauche pour intégrer l'hôpital de l'Église épiscopale du Rwanda, à Shyira, dans le nord du pays. "Je m'étais préparé à répondre à des questions scientifiques posées par des médecins chevronnés. Mais, face à moi, il n'y avait que Monseigneur et ses proches. De la première à la dernière question, j'ai répondu que je ne connaissais rien au catéchisme", s'indigne ce jeune docteur.
Un adepte de l'Église de restauration de Kigali ne trouve rien d'anormal à ce que les fidèles moins fervents ne soient utilisés que pour rendre des services occasionnels qui demandent malgré tout selon lui de hautes compétences. Comme pour donner plus de force à son propos, il cite un verset de la Bible: "Ainsi, tant que nous avons l'occasion, faisons du bien à tous, et surtout à nos frères dans la foi".

ENCADRE

Sud-Kivu
Vie spirituelle, vie matérielle
(Syfia Grands Lacs/RD Congo) En République démocratique du Congo, quand vous décrochez un emploi grâce à l'intervention d'une Église (principalement une Église protestante du Réveil), en retour, celle-ci attend de vous que vous ne soyez pas ingrat… "Nous sommes sensibles aux dividendes matériels ou financiers que rapporte tout emploi octroyé à quelqu’un", déclare Enock Kabesha, pasteur de l’Arche de Noé (une Église du Réveil) à Kasha, quartier rural de Bukavu (Sud-Kivu). "Le prêtre assure votre vie spirituelle. Vous assurez sa vie matérielle en offrant l'équivalent d'une journée de travail au denier du culte", disent encore les pasteurs.
Pendant le culte, l’offrande se fait ouvertement. Convaincus que c'est ainsi qu'ils gagneront le Ciel, certains fidèles disent à haute voix à l'assemblée combien ils entendent donner. D'autres s'engagent par écrit. Mais, les mentalités évoluent et, avec la pauvreté grandissante, des jeunes des Églises du Réveil dénoncent cette pratique qui, selon eux, "sert le pasteur, sa famille et ceux qui vivent autour de lui". "À la fin, on voit leurs maisons bien équipées, leurs enfants étudier et leurs femmes être bien parées", ajoute un fidèle de l’Église source de vie, à Bukavu.