La politique et la religion sont deux domaines différents, mais qui collaborent harmonieusement. En République du Congo, la religion n’a jamais été victime d’un quelconque ostracisme. Les pouvoirs publics lui accordent une attention particulière, notamment pour le rôle qu’elle joue dans la conscientisation des populations.

Dans la gestion de la cité, la collaboration entre la politique et la religion se dessine clairement. La politique et la religion ont, chacune, son champ d’action bien défini.

Toutefois, il n’est pas exclu aux hommes politiques de prêter attention à la religion, tout comme aux religieux d’avoir un regard sur la politique. Cependant, la politique ne doit jouer que son rôle de protecteur et la religion celui de moralisateur des citoyens.

L’on constate aujourd’hui un changement dans les relations entre la religion et la politique. La religion n'entend plus se tenir à l'écart des affaires politiques. Des prélats cherchent à s’impliquer dans la sphère de prise de décisions. En juillet 2002, Mgr Anatole Milandou s’était ouvertement pris au pouvoir sur le ténébreux dossier du pétrole congolais, en réclamant «la transparence dans la gestion des recettes pétrolières». Le 4 mai 2004, le tour est revenu à Mgr Ernest Nkombo qui, lors de l’oraison funèbre dédiée à Mgr Barthélemy Batantou, a dévoilé l’autre face des hommes d’église du Congo. L’évêque d’Owando avait transformé son homélie en un réquisitoire politique, donnant l’auditoire consterné l’impression d’écouter un discours de opposition politique.

De leur côté, les Hommes politiques guettent avec intérêt cette masse d’électeurs potentiels et dociles, que constitueraient les fidèles d’églises, et n’hésitent pas à se proclamer leaders spirituels. C’est ainsi qu’on assiste depuis un certain temps à l’émersion de mouvements politiques d’un nouveau genre, d’obédience religieuse.

Que des religieux s’intéressent à la politique et que, inversement, des politiques se transforment en hommes d’église, ne devrait pas poser un problème en soi. Mais, le bas blesse lorsque les uns et les autres sortent de leur champ d’action et prennent position dans les affaires qui ne concernent pas leur domaine. Lorsque des hommes d’église commencent à avoir des ambitions politiques et quand des hommes politiques utilisent des fidèles à des fins politiques, la religion et la politique perdent leur sens originel.

La démarche choisie par messeigneurs Anatole Milandou et Ernest Nkombo constituait déjà en soi un danger. En effet, il faudrait craindre que des dirigeants spirituels, très charismatiques, à la tête de fortes communautés religieuses, soient tentés de profiter du désarroi social, pour se faire une place sur la scène politique. Leurs discours, sur fond de lutte contre les injustices, la misère, les inégalités, les corruptions, etc., ne seraient que des slogans politiques et électoraux enrobés de spiritualité et qui ne feraient que semer le trouble dans l’esprit des fidèles partisans. Ces derniers ne sauraient pas, en définitive, à qui ils ont précisément affaire : à l’homme politique ou au chef religieux.

Cette ambiguïté est, dans certains pays, à l’origine de bien de préoccupations sociales et de guerres dites « saintes».

Voilà pourquoi, par respect de la laïcité de l’Etat congolais, les hommes d’églises et hommes politiques doivent gérer la cité en demeurant dans leur champ d’action respectifs.